Repenser le modèle alimentaire avec ReFood … par Marie-Hélène

Dans les jours qui ont précédé notre arrivée à Lisbonne, nous avons traversé des étendues de cultures de tomates destinées à l’industrie agro-alimentaire. Les pompes d’irrigation tournent à plein régime ; les tomates sont récoltées à la machine et entassées par tonnes sur des camions qui les emportent dans un nuage de poussière vers la gigantesque et unique usine de transformation, d’où sortent des millions de boîtes de conserve non étiquetées. Le long de la route, l’odeur écoeurante des tomates écrasées, vertes ou pourries nous poursuit toute la journée. Nos enfants ne regarderont plus jamais les sauces tomate avec le même œil !

Notre businessman de Lisbonne a une logique bien différente du modèle développé par les industriels de la tomate. Les uns se moquent du gaspillage de la terre, de l’eau, de l’énergie fossile, pourvu que la rentabilité soit au rendez-vous, au bout du portefeuille du consommateur, ignorant de ces pratiques. L’autre essaie au contraire de conscientiser une communauté locale autour du gaspillage alimentaire généré par cette notion de rentabilité maximisée, toute en apportant une aide aux plus nécessiteux qui vivent au coin de la rue ou dans l’appartement d’en face.

Le calcul est simple : pour pouvoir proposer une carte complète à toute heure à leur clientèle, boulangers, patissiers et restaurateurs fabriquent volontairement un surplus (environ 3%) qui restera invendu. Celui-ci, jusqu’à récemment, partait directement à la poubelle. Hunter, écoutant la suggestion d’une de ses filles horrifiée par ce gâchis, a eu l’idée de proposer une solution gratuite aux commerçants. Chaque soir de semaine, les équipes de Refood sillonent le quartier avec leur chariot à roulettes, pour récupérer ce qui sera perdu demain. Le tout est rassemblé au local de l’association, réparti en différents frigos. Puis de nouvelles mains reprennent tous ces produits pour confectionner des menus complets qui seront distribués aux bénéficiaires inscrits. Plus de 200 repas chaque soir qui nourrisent ceux qui ont faim, sans coûter un sou et sans le moindre gaspillage !

Si Hunter consacre beaucoup d’énergie à accompagner les 52 centres qui se sont créés dans le pays sur ce modèle, chaque bénévole s’engage pour seulement 2 heures par semaine. Le local, le matériel, tout a été récupéré gratuitement pour limiter les frais. Grâce à une organisation peaufinée depuis 8 ans, cette chaîne de bon sens fonctionne aujourd’hui à merveille. Il ne manque que de bonnes volontés pour que le modèle se démultiplie encore dans de nombreuses autres villes ou quartiers à travers l’Europe.

Inutile de créer de grandes filières ou d’élaborer des business plans compliqués pour monter une start-up solidaire comme celle-ci ! « S’il y a de la volonté, cela suffit !« , répète Hunter. Quand je l’interroge sur la réaction des autorités sanitaires, il me rétorque : « Mais je rêve qu’on m’interdise de faire tout ça ! Alors j’inviterais les journalistes à me voir menotté, et cela produira peut être enfin un choc dans la société. Car qui peut défendre une loi interdisant de nourrir ceux qui ont faim avec une nourriture destinée à la poubelle ? » Hunter est un homme avisé, parfaitement conscient des conséquences de ses actions. C’est sûrement ce qui fait le succès de son entreprise : pas seulement une idée généreuse, mais aussi une bonne connaissance du monde économique et un sens de la communication intelligemment mis à profit.

A quand les Re-food à Lyon, Grenoble, Chambéry, Bordeaux ou Paris ? Les petits princes à vélo aimeraient que pour une fois, les businessmen soient plus préoccupés à compter le nombre de personnes aidées par leur action que le nombre d’étoiles qu’ils croient posséder au fond de leurs coffres bien fermés…

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Marie-noël Boccon-Gibod dit :

    Olá principezinhos!
    Quelle bonne idée de partager votre découverte de Hunter et Re-Food. Cette démarche en rejoint des dizaines d’autres , en France également: « Le Chaînon Manquant », « Zéro-Gâchis, Altrimonti, et bien d’autres. Récupération, redistribution, cuisine, pédagogie tous azimuts…C’est encourageant ; et cette tendance, ce mouvement se développe à la vitesse V. Merci d’y participer à votre mesure!
    Bom apetite

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