Les dunes de Chinguetti… par Yannick

Désert de l’Adrar

Réaliser mon rêve d’enfance. Adolescent, mon imaginaire s’emplissait de dunes ondulantes, de caravanes nomades. Symbiose idéale entre massifs montagneux grandioses et bords de mer idylliques, les clichés du désert tapissaient les murs de ma chambre. Un jour j’irai respirer la quiétude du silence au pas lent des dromadaires.

Alors comprenez l’émotion qui inonde mon cœur quand apparaît enfin au bout du plateau tabulaire de l’Adrar, la mythique cité de Chinguetti. La porte du désert. Une citadelle de pierre posée à même le sable, lovée au creux d’une dépression dunaire jaune d’or et entourée de quelques oasis.

Toute la famille court aussi vite que possible au sommet de la plus haute des dunes, s’asseoit et contemple. Le soleil salue l’horizon. Le paysage devient orangé, le ciel se zèbre de teintes citronnées, de rose clair et de violet pastel. Le feu du ciel laisse ensuite place à la voie lactée, avant qu’elle-même ne cède à la luminosité d’une pleine lune spectaculaire.

Petits Princes content’platifs

A l’aube, nous pénétrons dans l’ensemble dunaire. Le soleil rasant souligne magnifiquement les courbes orangées. Les reliefs sableux sculptent poétiquement les pentes. Le sable est d’une infinie douceur, tantôt tiède, chaud ou rafraîchissant. Rien à voir avec les gros grains d’une plage océanique, cette poudreuse de silice caresse nos pieds encore satinés.

Mahmoud aux aguets pour nous
faire découvrir son désert

Nos élégants chechs bleus noués sur la tête, nous marchons fièrement. Les enfants s’en donnent à cœur joie, se jetant tête la première du haut des pentes sablonneuses, poursuivant leur cavalcade par d’interminables roulés-boulés et autres galipettes. Leurs rires raisonnent dans le calme infini des lieux. Plus sage mais tout autant excité intérieurement, la démarche un peu balourde, je cherche encore mon équilibre. Mes pas s’enfoncent maladroitement.

Mahmoud, aussi zen que son désert, conduit paisiblement notre petite troupe dans ce dédale hors normes. Il nous ouvrira jour après jour les portes de son paradis, nous en donnant patiemment les clés de lecture. Je pensais ce milieu hostile, rude et exigeant. Je m’y sens pourtant immédiatement à mon aise, dans mon élément.

Je m’isole quelques instants pour trouver mon pas, mieux ressentir les sensations qui m’envahissent. Les palpitations de mon cœur sont d’une sérénité absolue malgré l’effort de la marche. A travers les plis du chech, mon souffle tournoie autour de ma tête comme pour caresser mes pensées. Mon esprit s’évade dans l’azur du ciel.

Un petit scarabée a dessiné de ses petites pattes quelques arabesques qui s’entrecroisent sur les dorures du sol. Un lézard trace de fins serpentins alors que les touffes d’herbes piquantes bercées par le vent esquissent à la perfection des arcs de cercles. Les empreintes sont légions, chaque reptile, insectes et autres fennecs laissant une myriade de traces au gré de leurs errances. Un écosystème insoupçonné transformant magnifiquement les plis du sables en jardin japonnais.

Notre caravane chamelière apparaît à l’horizon. Je suis subjugué par ces élégantes silhouettes se détachant au-dessus des dunes. Six montures étranges vont accompagner notre marche. Petites oreilles d’ours, pieds d’autruche, cou de girafe, queue de gerboise poilue, grandes pattes repliées comme des mikados géants. Ces « chevaux du désert » sont parfaitement adaptés aux longues méharées, capables de porter de lourdes charges sans boire ni manger pendant des jours. Certains râlent de leur cri rauque – « brâââ » – quand on les harnache, mais pas un ne bouge sans l’ordre doux des chameliers.

Au loin, la montagne de Zarga émerge tel un mirage. Cette perspective me plaît comme un fil d’Ariane vers l’avenir. D’oasis en bivouacs, de dunes en plateaux rocailleux, nous voici partis pour une semaine d’émerveillement au milieu du plus vaste désert du monde. Une transhumance sereine à la recherche du Petit Prince…

9 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Petit Patricia dit :

    Merci Yannick pour cette poésie contemplative et essentielle.Avec toute m

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  2. Antoine CARRET dit :

    Yannick, qu’est – ce que tu écris bien ! 3 lignes et « plop », on est dans l’ambiance : déjà le sable nous caresse les pieds. Dommage que je me réveille au bureau face à une pile de dossiers à traiter. Profitez !

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    1. Stéphane dit :

      Bon courage, Antoine.

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  3. Joseph Mougel dit :

    Merci de ce beau texte, Yannick. Comme nous organisons tous les ans une foire aux livres entre nos deux associations de solidarité internationale de Bourg St Maurice (le CCFD Terre Solidaire et INTI Solidarité Nicaragua) et que celle-ci a eu lieu les 24 et 25 octobre dernier, j’ai reçu hier un appel téléphonique d’une professeure des écoles de la commune (École « Petite Planète », située juste à côté de l’école du « Petit Prince ») qui cherchait un débouché pour des livres scolaires du niveau école primaire (mais elle ne m’a pas dit son nom). Je lui ai dit que nous ne pouvions pas être un tel débouché parce que nous n’avons pas de demande. En revanche, j’ai mentionné « Pays de Savoie Solidaires » et sa coopération avec Bignona en Casamance. Elle m’a répondu qu’elle avait fait le voyage avec l’association à Bignona. Il est donc très probable que tu la connaisses. Je lui ai alors parlé que toi-même, ton épouse et vos trois enfants vous étiez en route en vélo depuis mois avec Bignona comme destination et que vous aviez ce blog sur lequel j’écris comme moyen de communication… Elle ne savait pas et il est donc possible qu’elle se connecte pour elle-même et ses élèves…
    Sinon, pour répondre directement à sa question j’ai mentionné l’existence de « Bouquins sans frontières » installé dans le tiers-lieu « Pôle de la solidarité internationale » que la ville de Grenoble a ouvert récemment. Je n’ai pas encore approfondi la question mais j’ai pu vu voir que « Bouquins sans frontières » avait été créé en partenariat avec des Sénégalais pour augmenter l’offre de livres au Sénégal (il n’y aurait que 3 librairies dans la ville de Dakar…) avec notamment l’initiative de « Bouquins par terre » s’inspirant des bouquinistes des quais de la Seine à Paris qui ont une longue tradition (et qui sont reconnus d’ailleurs par l’UNESCO comme patrimoine immatériel). Reste bien entendu la question lancinante des coûts de transport et du dédouanement, mais une initiative à suivre à mon avis…
    Je vous souhaite que votre aventure se poursuivre aussi bien qu’elle s’est déroulée depuis votre départ et je vous adresse à tous mes amitiés.
    Joseph

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  4. Martine Duboin dit :

    Merci pour ces belles photos et ces beaux textes qui ont le pouvoir de nous faire partager une partie de vos émotions ! Actuellement en Basse Casamance, je ne peux me connecter tous les jours, mais quel bonheur de suivre dès que possible cette belle aventure. Merci à vous tous ! Martine Duboin

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  5. Feutry dit :

    Ah que nous sommes heureux pour vous tous et particulièrement pour toi et ton rêve Yannick,
    Mais certainement que les tiens le partageaient secrètement
    Emplissez vous bien de lumières et du calme de ce désert
    Autrement dit : Enjoy !
    Et toute notre affection et notre admiration
    Je n’en reviens toujours pas. De vous savoir là

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  6. Anne marie Allevard dit :

    Bonjour Yannick, je suis subjuguée par votre aventure en famille, je l’ai transmis à toute ma famille. Mais là, ta description des dunes, de votre joie dans cette mer aux vaguelettes orange me fait rêver.
    Merci pour ces vidéos, vos textes, votre aventure ! Bravo aux enfants si participatifs!
    Bonne continuation, je vous suis avec bonheur!
    Anne Marie Allevard (amie de tes parents et cousine des Gros)

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  7. Jean FRESSOZ dit :

    Bravo Yannick et bravo à tous !
    On lit toujours avec grand plaisir vos récits de voyage pleins de découvertes humaines et d’images sûrement inoubliables.Bonne arrivée à Bignona où vous allez être accueillis, j’en suis sûr,en héros. Amitiés à tous. Jean.

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  8. Abdou dit :

    Salut la Famille.
    Merci Yannick de nous faire découvrir ces contrées lointaines qui par la magie de ton récit, deviennent presque familières. Je suis submergé par la force évocatrice de vos images et par la poésie (les rimes) de vos paroles.  » Je pensais ce milieu hostile, rude et exigeant / Je m’y sens pourtant immédiatement à mon aise, dans mon élément »
    Tu as dû être Touareg dans une vie antérieure.
    Merci (M. le Contrebandier d’émotions) de nous faire voyager.

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