Teranga… par Yannick

Un sourire immense. Une rangée de dents blanches illumine si joliment ces visages couleur d’ébène. Telle est notre première vision du Sénégal. Une joie de vivre à nulle autre pareille. Et l’éclat de rire général n’est jamais bien long à arriver. Un contact humain immédiat, comme une seconde nature. Le calme du désert est déjà bien loin. Des nuées d’enfants, d’adultes encerclent nos vélos avec curiosité, tout en douceur, sans agressivité.

– Où allez-vous ? « En casamance, à Bignona », les choses se précisent !

– D’où venez-vous ? « De la France »

– « C’est paaaaaas pôssible !!! Avec les enfants ? Même la petite ? »

Il faut souvent sortir le compteur, expliquer notre histoire pour finir de convaincre les plus réticents. Et une nouvelle fois, on s’enthousiasme, on félicite.

Une élégance toute sénégalaise. Des drapés colorés enveloppant ces silhouettes noires dans des robes ajustées à merveille. Des coiffes raffinées sans cesse renouvelées. Un déhanchement nonchalant digne des défilés de haute couture. De la ville jusque dans les campagnes, ce raffinement semble, au moins en apparence, donner une toute autre place aux femmes. D’ailleurs, les hommes ne sont pas en reste avec leurs tuniques modernes très stylées et leurs coupes de cheveux plus que soignées. Cette beauté vestimentaire invite à la rencontre.

Le pays de la Teranga. Littéralement, la « terre de l’accueil » où l’étranger est toujours choyé, invité, mis à l’aise. Pour nos pauses du soir, rien de plus simple que de rentrer dans la cour d’une concession et de demander l’hospitalité. La demande est acceptée comme une évidence. Ici, on vit ensemble. On se mélange tout en vacant chacun à ses petites occupations. Un repas est servi – le fameux thiep boudiene – tout le monde s’agenouille autour du bol. Sans se préoccuper de savoir d’où ça vient, combien mangeront, l’important c’est de partager. Il en va de même pour le thé, le bissap… tout est prétexte à la vie communautaire.

Séance tressage à plusieurs mains

Je prends un malin plaisir à voir les enfants évoluer dans cette interculturalité africaine, mimant nos gestes, s’adaptant en permanence à l’inconnue de réactions incongrues. Pas facile d’être à leur tour dévisagés pour leur couleur de peau, leur chevelure souple et leurs étranges habitudes. Cela apprend la tolérance, l’ouverture d’esprit. Amandine est vite charmée par cette maman d’adoption qui lui tresse de jolies nattes. Coline joue les maîtresses de français pour quelques élèves consciencieuses. Simon devient le Mbappé du soir avec son beau maillot français au milieu de tous ces jeunes joueurs aux pieds nus.

Si le Sénégal peut s’enorgueillir de cette gaieté communicative, de ce raffinement coloré et de ce savoir vivre qui flatte tant l’étranger, il n’en demeure pas moins un pays âpre et rude pour ses habitants. La pauvreté reste omniprésente. Elle empêche Djibi, pourtant doué, de poursuivre sa scolarité. Elle pousse les riverains du fleuve à migrer à la recherche de n’importe quel emploi pourvu qu’il puisse nourrir la famille restée au pays. Elle engendre une mendicité généralisée des jeunes garçons se déplaçant, boite de conserve à la main, de maisons en marchands à la recherche de la pitance du jour. Croiser toutes ces vies, ces situations personnelles permet de donner un visage à la misère, de mettre du concret derrière les chiffres de l’IDH (Indice de Développement Humain).

Puiser de l’énergie en partageant le travail à plusieurs

Mais le Sénégal d’aujourd’hui se bat pour changer la donne, investir dans l’éducation, la santé, l’eau et l’assainissement. Depuis 12 ans, je vois la situation évoluer tellement rapidement et la jeune génération qui arrive sur le marché du travail compte bien se battre pour l’émergence de son pays. Malgré les difficultés, tout semble possible. Ce jeune couple franco-sénégalais ayant décidé de revenir sur les terres parentales pour créer une ferme agroécologique au milieu des acacias en est une belle illustration. Nous admirons leur énergie paisible qui prouve que l’espérance de lendemains meilleurs peut déplacer des montagnes.

Et pour tous ceux dont le futur est vide de perspectives, il reste cette incroyable faculté à vivre le présent pour résister. Un « Carpe Diem » africain, loin de nos conceptions européennes, seulement fait du souci quotidien de s’en remettre à dieu – Inch’Allah ! Nous apprenons lentement à prendre le rythme de ces journées tranquilles écrasées de chaleur. Nous, sur nos bicyclettes à pédaler d’arrache-pied sur les pistes de tôle ondulée en direction d’autres contrées. Eux, pêcheurs voguant paisiblement sur leurs pirogues, manœuvrant d’une douce ondulation de la pagaie, restant là au fils des saisons. Un contraste saisissant. Deux modes de vie bien différents entre lesquels mon cœur balance. Tel candide revenant d’un long voyage, je pressens que notre petit bout de Chartreuse fera notre bonheur à accueillir des amis du bout du monde pour les années à venir… sans pour autant être capable de renoncer à cet appel du large qui ne cesse de me taquiner.

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Lecocq Yves dit :

    YANNICK, merci pour ce dernier courrier. je n’avais pas réalisé ces derniers jours que vous aviez (déjà) atteint le Sénégal!. Vous avez relevé ensemble un immense défi. BRAVO! Quelle expérience pour Marie-Hélène et vos trois enfants de toucher et rencontrer ce et ceux que tu avais déjà rapprochés d’eux depuis 12 ans. Bravo et belle continuation.
    Yves

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    1. Bonsoir,

      Merci Yves pour ces nombreux messages de soutien depuis le début. Nous n’avons pas forcément le temps ou les moyens de répondre à chaque fois mais ces encouragements nous vont droit au cœur.

      L’expérience est effectivement extraordinaire et il ne se passe pas un jour sans que je sois émerveillé par se qu’apprenent les enfants.

      En cette période de l’Avent nous t’adressons toute notre amitié. A bientôt pour des récits plus détaillées.

      Yannick

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  2. VIALLET dit :

    Quel plaisir et quel bonheur de lire vos récits. Bravo et merci de nous faire partager. A bientôt. Jean-Philippe

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  3. Cécile Pailhasse dit :

    Presque arrivés au bout de voyage… Waouh incroyable !
    Merci pour ces liens que vous avez maintenus avec chacun de nous au travers de vos récits !

    Si près de Bignona…et aussi si proche de la fin (ou du début d’autre chose) : j’imagine qu’il est nécessaire de concilier des sentiments contradictoires entre le bonheur et l’exultation d’arriver à destination et la tristesse de la fin d’un voyage en famille et en vélo.

    Que ce temps de l’Avent accompagne votre union familiale et votre arrivée à Bignona.

    Merci et à bientôt !

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