Altérité… par Marie-Hélène

Pour traverser le Sénégal, beaucoup de voyageurs choisissent la belle route côtière qui relie Saint-Louis à Dakar, ponctuée de jolis campements et de plages paradisiaques. Comme souvent, nous avons choisi un chemin de traverse, plus âpre, plus long. Non pas par goût de la difficulté, mais pour rencontrer le cœur du Sénégal et des Sénégalais-es.

Il faut alors accepter de vivre pleinement l’altérité, cette différence culturelle qui dépasse le simple langage. Se faire héler à grands cris au passage de chaque village, chaque école, chaque ferme. Être observés par des dizaines de paires d’yeux, parfois des centaines, dès qu’on s’arrête pour une course, pour une pause. Savoir partager le silence des jeunes qui s’assoient près de nous, pour passer amicalement un moment, sans savoir ni oser poser de questions. Vivre un peu le quotidien des villageois en allant puiser l’eau, en goûtant le même plat épicé, en vivant la soirée à la lumière des lampes de poche ou de la lune.

Et surtout, le plus difficile, accepter de ne pas tout comprendre, constater sans jugement les réactions de nos hôtes. Lâcher prise sur notre éducation en comprenant que nos valeurs majeures ne sont peut-être plus de mise ici. Chez nous, la discrétion et la liberté règnent en maître. Ici la vie se passe ensemble, peu importe le lien familial ou la place disponible. L’intimité est réduite, pourvu qu’on ne soit pas seul.

Il faut bien se faire un peu violence pour déposer son bagage culturel et essayer de se regarder avec l’œil de l’autre. Mais alors seulement on dépasse le malaise de départ et on peut comprendre un peu les joies et les peines de nos semblables. Alors on a plaisir à les rencontrer, on peut rechercher ce face à face. Il m’aura fallu plusieurs jours, à ma grande surprise, pour passer le cap de cette altérité, plus grande et plus envahissante que je ne l’imaginais. La curiosité dont nous sommes l’objet, la pauvreté m’ont assaillie.

Et puis j’ai vu les sourires, les gestes d’accueil inconditionnel, le désir de vivre ensemble. Je n’ai pas toujours compris. J’ai reçu et j’ai donné ce que je pouvais. J’ai découvert le Sénégal… avec le cœur !

8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. billard pierre dit :

    c’est vrai , Marie-Hélène, on ne voit bien qu’avec le coeur ; mais en sommes nous vraiment conscients, nous qui n’avons pas vécu votre expérience riche de toutes ces rencontres , que nous n’avons nous même pas su vivre , prisonniers que nous sommes de notre univers si confortable et formaté au style occidental dans lequel tellement de valeurs ont été dissoutes et noyées ; c’est un peu facile , pour moi de sortir de telle réflexions , mais il est vrai que tu as tellement su transmettre , ainsi que chacun d’entre vous ,avec vos mots à vous que l’on ne peut qu’adhérer à tes propos, et que l’on a hâte de pouvoir être en situation de vous entendre de vive voix ;
    je vous embrasse bien bien fort tous les cinq avant vos derniers kilomètres , avec plein plein de tendresse

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  2. Marie-noël Boccon-Gibod dit :

    Marie-Hélène, merci pour cette leçon d’humilité empreinte de lucidité et de réalisme, toujours bienveillants! « On ne voit bien qu’avec le coeur », encore et toujours!

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  3. Joseph Mougel dit :

    Bonjour Marie-Hélène et merci de nous faire part de votre ressenti face aux différences : culturelle, historique et aussi, on n’y échappe pas, et moi personnellement pas plus que d’autres, à l’énorme différence de ressources entre nous Européens et Français et eux, Africains et Sénégalais (ou Nicaraguayens pour citer un autre pays que je connais). Mais vous, Yannick et vos enfants vous allez tous les jours au contact, et c’est énorme. Cela vous transforme et cela transforme aussi celles et ceux que vous rencontrez. Et vous le faites partager à vos lecteurs au fur et à mesure, ce qui est possible à présent et aurait été inimaginable il y a seulement quelques années et qui finira par tout changer. Vous approchez de Bignona, la fin de votre parcours, de Noël, de la fin de l’année et du moment de revenir et pour vos enfants de reprendre leurs études, lestés d’une expérience assurément pas ordinaire. Il y a 2 jours à Bellentre, je fus présent à la projection dans le cadre de « Migrant’Scène » du documentaire « Les nouveaux voisins » tourné dans la commune de Les Vans en Ardèche qui a eu sur son sol un CAO (Centre d’accueil et d’orientation) après le démantèlement de la « jungle » de Calais… Les personnes accueillies (provisoirement) furent des hommes africains mais de l’Afrique de l’Est : Soudanais, Érythréens, malheureusement pour beaucoup d’entre eux sous le coup de la procédure Dublin donc avec le choix soit d’être d’expulsés, soit d’entrer dans la clandestinité. Les jeunes réalisateurs furent présents mais aussi Rémi Kossonogow de l’ADDCEAS et Véronique Da Silva… Avec elle, nous avons évoqué votre aventure car, elle celle-ci ne manquera pas d’influencer Pays de Savoie Solidaires comme institution… Belle continuation à toute la famille ! Joseph

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  4. Lecocq Yves dit :

    Marie-Hélène,
    Merci pour cette belle page de votre nouvelle expérience de la rencontre dans l’altérité, Ceci nous rend humble, mais ouvre les coeurs. C’est souvent à recommencer, comme vous l’avez vécu dans votre 1er trek africain, où j’ai eu la joie d’être associé à Khartoum.
    . Comme tu l’écris, Marie-Hélène, il faut se faire violence. C’est un peu le thème de partage que nous avons abordé ce matin avec un groupe de lycéens et de profs, réunis pour la préparation de Noël. « Le Royaume de Dieu souffre violence;;; et les violents – violence des pacifiques – s’en emparent. ». Mais c’est une fois qu’on a commencé à sortir de nos propres peurs et à s’oublier, qu’il commence à apparaître. Vivre la venue du Royaume au Sénégal et en Casamance, dans l’interculturalité et la rencontre inter-religieuse, c’est la grâce du moment pour vous. Bon chemin vers Noël.
    Je vous embrasse.

    Yves

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  5. Philippe dit :

    Coucou a vous
    Juste deux mots a écrire
    Bravo
    J’adore

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  6. Stéphane dit :

    Merci Marie-Hélène pour ce très beau message. Simple, et profond.

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  7. Famille Massa dit :

    Merci de partager cette expérience de l’autre, cette confrontation sans doute un peu brutale, ou abrupte plutôt.
    Notre culture d’européen bien pensant est un finalement un vrai carcan, la lecture de ton témoignage permettra peut-être de passer de l’étroitesse d’esprit à la liberté du cœur. Je vais relire St Ex avant Noël!!! Mel.

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  8. Martine Duboin dit :

    Ce que vous nous avez apporté tout au long de ce voyage fou, est tout simplement magique ! Pouvez-vous me renvoyer par mail, l’article  » Teranga…par Yannick  » Je l’ai effacé par inadvertance sans en avoir terminé la lecture et pourvoir le conserver avec les autres articles du Petit Prince à Vélo
    Merci beaucoup

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